UN HABISSOIS TOMBE POUR LA FRANCE

Nombre de communes de Guadeloupe ont des monuments aux Morts bien (trop) remplis pour la période 1914-1918.

La Guadeloupe a défendu la République et payé un lourd tribut dont les communes se souviennent... 1168 jeunes guadeloupéens sont tombés face à l'ennemi au cours des quatre années de guerre.

Parmi ces 1168 victimes, trois membres, trois frères de la famille Gabou originaire de Vieux Habitants.

Fernand Maurice Gabou est un soldat ordinaire mais sa grand-mère Marie-Noëlle Gabou a constitué un dossier de demande d'attribution d'allocation militaire, et, pour justifier cette demande, elle a fourni les courriers, deux lettres et un carte postale  prouvant que son petit fils combattait pour la France!

En croisant ces informations avec la fiche matricule de Fernand Maurice Gabou et le parcours des unités auxquelles il était affecté nous pouvons suivre son histoire, ce qui est très rare pour un soldat de Guadeloupe.

Voici son histoire, depuis sa naissance.

Qui est Fernand Maurice Gabou?

guadeloupe, vieux habitants, 14-18, gabou Fernand Maurice Gabou à son incorporation

Fernand  est né le 25 mars 1893 à Vieux-Habitants, à Bélair. Le père est inconnu (en réalité Jean Baptiste Rodolphe AUGUSTINE, 1864-1944), la mère est Marie Charlotte Gabou (1864-1952) . La déclaration de naissance est signée par un certain Victor Renoir (fils de Charles Louis Renoir, ancien Maire de Vieux Habitants) qui prétend avoir assisté à l'accouchement.  La mère semble avoir reconnu Fernand le 1er octobre 1902 (à l'âge de 9 ans) si l'on en croit une mention marginale.

Fernand est pris en charge par Marie-Noëlle Gabou, sa grand-mère, ancienne marchande de Basse Terre.

Il travaille comme cultivateur quand il est incorporé en 1913 sous le matricule 13449.

Le parcours de Fernand Gabou

Fernand Gabou a un parcours typique des soldat de la classe 1913. Le service militaire a été instauré en Guadeloupe en 1913, la première classe appelée fut celle de 1912, envoyée immédiatement vers la métropole en octobre 1913, juste avant l'hiver!

La classe 1913 fut au contraire incorporée au printemps 1914, au Camp Jacob, près de Pointe à Pitre, le 28 avril 1914 avant de partir pour la métropole le 1er mai 1914.
Pour acclimater les soldats ils sont envoyés en Afrique du Nord, ils arrivent en Algérie le 21 Mai 1914.

Fernand Gabou est alors intégré au 1er Régiment de Zouaves.

A l'entrée en guerre, en août 1914, Fernand est donc en France, affecté au 2ème Régiment de Zouaves et il participe aux premières campagnes sur le front intérieur. Peu de détails sur cette période, rien de remarquable.

Fernand Gabou est envoyé sur le front des Dardanelles le 10 mai 1915 au sein du 2ème Régiment de Zouaves intégré dans le Corps Expéditionnaire d'Orient!
Lors de cette bataille très féroce, 74 soldats Guadeloupéens, 62 des classes 1912 et 1913, sont tués à l'ennemi.
Fernand Gabou se distingue assez pour être nommé soldat de 1ère classe le 1er juin 1915 puis Caporal le 11 juillet.

Le lendemain 12 juillet il est légèrement blessé au poignet. à Seddul Bahr.

Avec une balle dans le poignet gauche il quitte les tranchées, emprunte probablement un boyau pour gagner le poste de secours derrière la troisième ligne de tranchées. La blessure étant légère il gagne seul le point sanitaire. La balle est extraite le soir même.
Bien que légère la blessure lui permet d'être éloigné du front et il embarque sur le paquebot "Canada" (appartenant à l'escadre Duguay-Trouin), arrivé le 12 juillet à Gallipoli. Le navire repart le 17 juillet avec 450 blessés à bord,  à destination de Tunis, vers l'hôpital auxiliaire n° 101.

Il faut noter que certains soldats, pour tenter d'échapper au front, se mutilaient volontairement, avec une balle dans la main ou le pied. Evidemment, s'ils étaient découverts, c'était le tribunal militaire et le peloton d'exécution pour désertion devant l'ennemi.

Pour Fernand Gabou c'est une vraie blessure au combat, peu importante mais qui lui permet d'être évacué.

Le 30 juillet 1915 il écrit à sa grand-mère (extrait de lettre joint en document) :

guadeloupe, vieux habitants, gabou, 14-18 Archives Départementales de Guadeloupe

"Tu n'as pas besoin de t'émotionner pour cela parce que il faut toujours que cela arrive et surtout c'est ne pas grave.

Je te donne connaissance quej'ai eu une balle au poignet le 12 juillet le soir vers sept heures mais seulement la balle était resté dedans le soir même ont la retiré.

Dès que j'étais blessé j'ai descendu des tranchées, j'ai été au poste de secours, on m'a soigné, de là j'ai pris le bateau Canada qui m'a conduit à l'hôpital auxiliaire n° 101 deTunis.

Pour le moment la blessure ça va mieux, la plaie ne me fait pas mal, c'est que la main seulement qui me fait un peu mal."

Un autre passage de la même lettre (également joint en document) :

guadeloupe, vieux habitants, gabou, 14-18 Archives Départementales de Guadeloupe

"Au revoir ma chère Grande mère, vivons toujours dans l'espoir de nous revoir.

Ton petit fils qui t'embrasse et qui t'envoie les meilleurs vœux afin que le bon dieu te conserve en vie"

guadeloupe, vieux habitants, gabou, 14-18 Archives Départementales de Guadeloupe

Il envoie à sa grand mère Marie-Noëlle Gabou cette carte d'Algérie durant l'hiver 1915-1916

Après cette blessure et son repos, Fernand Gabou est envoyé en Algérie, à Constantine pour la période d'hivernage, du 3 octobre 1915 au 24 juillet 1916, il est envoyé à Sathonay , à proximité de Lyon.

Une deuxième période d'hivernage a lieu durant l'hiver 1916-1917, prenant fin le 2 mai 1917, dirigé sur le 3ème de Marche aux Armées.

Le 7 octobre 1917 il est retiré vers l'arrière du front, au 3ème dépôt jusqu'au 14 mai 1918. Il rejoint le 15 mai le 3ème de Marche aux Armées pour retourner au front, intégré dans le 3ème régiment de Zouaves.

A cette époque, la seconde bataille de la Somme est en cours. Les Allemands ont lancé une offensive qui a déstabilisé les lignes alliées mais les premières troupes américaines débarquent à Cantigny et que Foch reçoit le commandement unique de toutes les forces. L'offensive allemande s'est trouvée freinée à l'est d'Amiens le 28 mars 1918.

 

Les alliés lancent alors une contre offensive durant l'été et c'est dans la Somme, à Guerbigny-Marquivillers que Fernand Gabou est tué au combat le 10 août 1918.

Il est inhumé en 1924 lors de la création de la nécropole de Montdidier. Cette nécropole abrite 7406 corps provenant de plusieurs cimetières de la Somme.
Fernand Maurice Gabou  est dans une tombe individuelle, portant le numéro 219.

guadeloupe, vieux habitants, gabou, 14-18 Archives Départementales de Guadeloupe

La fiche matricule de Fernand gabou, avec son parcours

Les autres frères

Le Livre d'Or de Vieux Habitants (fourni en document) , listant les soldats mort pour la France, montre que deux autres membres de la famille, frères de Fernand, sont tombés face à l'ennemi.

 

- Rodolphe Alexandre Antonin Gabou, classe 1915, appartenant au 152ème Régiment d'Infanterie est mort à Craonnelle, dans l'Aisne, le 24 juillet 1917.
Il est inhumé dans la Nécropole Nationale, à Craonnelle dans la tombe numéro 94.

 

- Alcide Abel Gontran Gabou, classe 1917 mobilisé en 1915, soldat au 43ème Régiment d'Infanterie Coloniale, mort à Bligny, dans la Marne, le 25 juillet 1918.
Il est inhumé dans la Nécropole Nationale "La Croix-Ferlin", à Bligny, dans la tombe numéro 112.

guadeloupe, vieux habitants, gabou, 14-18 Archives Départementales de Guadeloupe

Sur le livre d'or de la commune de Vieux Habitants figurent les trois frères Gabou, Alcide Abel, Fernand Maurice, et Rodolphe Alexandre .

Une famille habissoise décimée par la guerre...

TEXTE ORIGINAL : copyright Jean-Luc FOUQUET